Conçu pour durer et aller partout en plein confort.
Comment ça a commencé
Paul Percey a commandé CONAN en 1987, l'a mis à l'eau en septembre 1988, et l'a mené chaque saison pendant les trente-huit années qui ont suivi — un seul skipper, du début à la fin. Je suis seulement le deuxième à avoir tenu sa barre. Voici comment il est arrivé jusqu'à moi, et pourquoi j'ai promis d'en prendre grand soin.
Il a été dessiné par Michel Joubert et construit par Technicoque, près de La Rochelle sur la côte atlantique — trois coques, six cabines pour les invités, de quoi loger une douzaine de personnes à l'aise sans se marcher dessus. Dès la première saison, Paul a été son seul skipper. Il le gardait dans des eaux où la plupart des bateaux de charter ne s'aventurent jamais : le Dodécanèse et la côte turque l'été, la mer Rouge l'hiver — le Soudan surtout, l'Égypte de temps en temps. On était loin des itinéraires de charter habituels.
J'avais toujours voulu me lancer dans le charter. Quand je l'ai vu à vendre — le bateau et l'entreprise ensemble — mon premier réflexe a été pratique : demander à la personne qui le faisait tourner comment fonctionne vraiment une activité pareille, et m'en bâtir un business plan. J'ai donc contacté Paul, et on a parlé. Du bateau, surtout — et longtemps. Plus on parlait, moins il était question du business plan. Je suis allé le voir en juillet 2024, à Marmaris, et j'ai passé plusieurs jours à bord avec Paul et sa femme Corinne. J'en suis revenu en ayant décidé quelque chose que je n'étais pas venu chercher : je ne voulais pas acheter n'importe quel bateau pour faire du charter. Je voulais CONAN.
Paul voulait prendre sa retraite, mais il n'allait pas le confier à n'importe qui — il avait consacré à ce bateau la plus grande partie de sa vie, et il voulait le laisser à quelqu'un qui en prendrait soin. Quand je lui ai demandé ce qui comptait pour lui dans le choix de son repreneur, c'était tout : que quelqu'un en prenne soin. Pas de conditions, pas de clauses sur la façon de le mener. Rien que ça.
Une fois la vente conclue, on a pris quelques semaines pour que Paul me transmette tout ce qui n'avait jamais été couché sur le papier. Trente-huit ans de vie d'un bateau tiennent surtout dans la tête de son skipper. C'est ainsi qu'ils sont passés de la sienne à la mienne.
Je suis donc devenu son skipper. C'est le seul vrai changement — le nom est resté, et la façon de le mener aussi. Je ne l'ai pas repris pour en faire autre chose. Je l'ai repris pour qu'il continue, et pour que la promesse que j'ai faite à Paul tienne : que quelqu'un en prenne soin.
Ce qui compte pour nous
On cherche à faire quelque chose de petit, mais qui dure, dans un métier qui voit surtout grand et remplace vite. Un bateau, pas une flotte. Une douzaine de personnes à bord, pas une foule. Un navire qu'on veut garder des dizaines d'années, au lieu de le faire tourner à fond quelques saisons avant de le revendre à bout de souffle.
Et ça change ce qu'est une semaine avec nous. On emmène quelques personnes en mer comme on aimerait soi-même y être emmené — bien naviguer, bien manger, vivre au rythme de la mer plutôt qu'à celui d'un programme, et jeter l'ancre quelque part qui vaut le voyage. À bord, un équipage de trois qui connaît le bateau — pas un jeu de clés et une caution.
Et on va là où ce genre de semaine est encore possible. Le bateau a tout ce qu'il faut pour s'éloigner des marinas — gagner les mouillages tranquilles, les îles à une seule taverne, le bout des côtes où les charters ne vont jamais. Les endroits qui valent le plus sont presque toujours hors de portée de la foule. Pas pour CONAN.
On emmène quelques personnes en mer comme on aimerait soi-même y être emmené.
La seule croissance qu'on cherche, c'est d'aller plus loin. Pas plus de bateaux, pas plus de cabines, pas plus de semaines entassées dans une saison — le même bateau, les mêmes quelques personnes, mais menés plus loin : de nouvelles côtes, des traversées plus longues, des mouillages qu'on n'a pas encore atteints. La seule chose dont on veuille davantage, c'est de l'horizon.
Et rien de tout ça ne se paie en confort : ce bateau a été construit pour traverser les océans, et pour qu'on y vive bien pendant qu'il les traverse. Et fait pour tenir, aussi : une structure plus solide que nécessaire, des matériaux choisis pour durer et non pour leur prix, par des gens qui voulaient un navire capable de leur survivre. Refait en 2002, 2014 et 2024, il tiendra. Garder un bon bateau en état de naviguer quarante ans de plus vaut, à nos yeux, bien plus que n'importe quel bateau neuf.
Et quand notre temps avec lui sera fini, on aimerait le transmettre comme Paul nous l'a transmis : encore en état de naviguer, toujours lui-même, et qui vaut toujours le voyage.
De temps en temps, on aime offrir à un invité un petit quelque chose en plus de la semaine — un petit geste, de quoi se souvenir de nous.